Maurice Freund, l’insaisissable est parti!

Maurice Freund est mort le 9 mai 2026 à 82 ans, laissant derrière lui une figure aussi admirée que controversée du tourisme saharien. Fondateur de Point Afrique, pionnier des vols charters vers le Sahel et défenseur d’un tourisme dit « solidaire », il incarnait pour certains un visionnaire engagé. Pour d’autres, notamment en Mauritanie, il demeurait un homme d’influence qui avait fini par contrôler une partie importante du secteur touristique national.

La question revient aujourd’hui avec insistance : qui était véritablement Maurice Freund ? Un militant humaniste convaincu que le tourisme pouvait désenclaver les régions oubliées, ou un opérateur redoutable ayant construit un quasi-monopole sur les destinations sahariennes ?

Le personnage ne laissait personne indifférent. En Mauritanie, beaucoup le percevaient comme le véritable marionnettiste d’une large frange des acteurs du tourisme. Grâce à Point Afrique et à son réseau aérien, il avait progressivement imposé sa marque sur le réceptif touristique, particulièrement dans l’Adrar, devenu pendant des années l’une des vitrines du tourisme saharien.

Son influence allait bien au-delà des simples vols charters : il entretenait des relations privilégiées avec plusieurs opérateurs locaux et semblait disposer d’une capacité rare à orienter les flux touristiques vers les acteurs qu’il soutenait.

À une époque, certains estimaient même qu’il avait transformé la Somasert en véritable arrière-cour de ses activités. L’entreprise filiale de la Snim servait alors de plateforme stratégique pour développer le réceptif lié à ses rotations aériennes en provenance de France, un secteur qu’il dominait presque sans partage. Des centaines de touristes arrivaient ainsi chaque saison sous la bannière de Point Afrique, renforçant son poids économique dans le pays.

Mais cette domination suscita aussi des tensions ouvertes. Beaucoup se souviennent encore de sa colère lorsque la Somasert décida d’affréter un avion de Transavia, signe d’une volonté d’émancipation vis-à-vis de son dispositif. Maurice Freund prit alors très mal cette tentative d’indépendance. Il répondit à la concurrence -plutôt fin du monopole- par un communiqué particulièrement virulent, vécu en Mauritanie comme “une trahison”.

Cette rupture marqua durablement les esprits. Ses détracteurs lui reprochaient d’avoir ensuite exploité les crises sécuritaires dans le pays pour tenter de détourner les touristes qui continuaient malgré tout à vouloir découvrir la Mauritanie sans passer par Point Afrique et son système de charters. Les enlèvements et menaces terroristes devenaient alors, selon eux, des arguments utilisés pour verrouiller davantage le marché touristique saharien.

Cette zone d’ombre accompagne encore aujourd’hui l’image de Maurice Freund. Car derrière le discours militant et tiers-mondiste se trouvait aussi un homme d’affaires redoutablement efficace, qui avait bâti un empire du voyage fondé sur des destinations à faible coût et sur une clientèle européenne en quête d’authenticité saharienne.

Pourtant, réduire Maurice Freund à cette seule dimension serait ignorer l’empreinte réelle qu’il a laissée dans plusieurs régions mauritaniennes. Dans l’Adrar notamment, beaucoup continuent de se souvenir de lui comme d’un mécène. Son réseau a permis l’essor de nombreuses activités locales : auberges, guides, transporteurs, artisans et campements touristiques ont longtemps vécu grâce aux flux de voyageurs qu’il faisait venir depuis la métropole.

Jusqu’à ses dernières années, Maurice Freund continuait de croire contre vents et marées au retour des voyageurs dans le Sahara. A la frontière entre engagement idéologique, influence économique et passion du désert, Maurice Freund aura tout essayé. Mais toute aventure même les plus audacieuses ont une fin. Sans rancune.

J.D
Source:La Dépêche-Mauritanie

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