« Jéliss, mon enfant, mon héros, ma douleur » : le témoignage bouleversant de son père
Derrière le drame qui a bouleversé la vie du jeune Jéliss, amputé des deux jambes à l’âge de 11 ans après un accident de la route, se cache une douleur que les mots peinent à traduire.
Dans un récit empreint d’émotion, son père, Chbih Cheikh El Mélainine, revient sur le parcours de son fils, ses rêves brisés, son courage hors du commun et les épreuves traversées par toute la famille depuis cette tragédie.
À travers ce témoignage poignant, il raconte l’histoire d’un enfant passionné de football, devenu malgré lui un symbole de résilience, mais aussi son amertume face à ce qu’il considère comme les défaillances d’un système qui n’a pas su protéger ni accompagner suffisamment son fils.
Jéliss, mon enfant, mon héros, ma douleur
Jéliss est mon enfant. Il était un garçon plein de vie, de joie et d’espérance. Il aimait jouer, courir, rire et rêver. Le football était sa passion. Capitaine de son équipe malgré son jeune âge, il connaissait les joueurs, les clubs, les championnats et suivait tous les matchs avec une attention extraordinaire.
Nous partagions ensemble ces moments de bonheur. Nous regardions les rencontres, commentions les actions et célébrions les victoires. Dans notre maison, Jéliss était une source permanente de lumière et de joie. Il était un excellent élève, respectueux des adultes, aimable avec tous, poli, serviable et profondément attachant.
Puis le drame est arrivé.
Une femme, cigarette au bec, au volant d’un véhicule puissant, a provoqué un accident qui a bouleversé à jamais l’existence d’un enfant de onze ans. Après avoir causé cet accident, elle a disparu sans porter secours à sa victime et demeure encore aujourd’hui introuvable.
Par la grâce de Dieu, Jéliss a survécu.
Mais les souffrances qui ont suivi furent terribles. Les premières interventions médicales qu’il a subies ont été marquées par de graves complications. La circulation sanguine de ses pieds a été compromise. Malgré les efforts entrepris ensuite et son transfert en Tunisie pour tenter de sauver ses membres et éviter la gangrène, il a finalement fallu procéder à l’amputation de ses deux jambes.
Pour un enfant de onze ans, passionné de football, cette épreuve dépasse l’entendement.
Je me souviens avec douleur du moment où il a fallu lui annoncer cette terrible nouvelle. On a demandé à sa mère, Nadia Gheilani, de l’accompagner et de lui expliquer ce qui allait se passer.
Sa première réaction fut immédiate.
Il regarda sa mère et lui demanda simplement :
« Cela veut dire que je ne jouerai plus au football ? »
Toute sa vie d’enfant était contenue dans cette question. Le football était son univers, son rêve, sa passion. C’était le terrain où il exprimait sa joie de vivre, son talent et sa liberté.
Puis, voyant sa mère s’effondrer en larmes devant une telle épreuve, il trouva en lui une force que peu d’adultes possèdent.
Alors que c’était lui qui allait subir l’amputation, alors que c’était lui qui souffrait, il chercha à consoler sa mère.
Avec un calme extraordinaire, il lui dit :
« Ce n’est pas grave. Dis à mon père que je suis guéri. »
Ces quelques mots resteront gravés à jamais dans nos mémoires.
Un enfant de onze ans, privé brutalement de ses jambes, trouvait encore la force de rassurer ses parents. Là où nous étions écrasés par la douleur, lui cherchait à nous donner du courage.
Ce jour-là, j’ai compris que le véritable courage n’est pas une question d’âge. Mon fils venait de perdre ses jambes, mais il conservait quelque chose que personne ne pourrait jamais lui enlever : sa dignité, sa noblesse de cœur, son amour pour les autres et sa foi dans la vie.
Jéliss a perdu ses jambes. Il a perdu la possibilité de courir derrière un ballon comme autrefois. Il a perdu le rêve qu’il entretenait de devenir peut-être un grand joueur. Mais il n’a pas perdu son âme, son intelligence, sa bonté ni son extraordinaire capacité à aimer.
Pour sa mère, pour ses frères, pour toute sa famille et pour moi-même, cette blessure restera éternelle. Nous continuerons longtemps à nous souvenir du garçon qui jonglait avec le ballon, qui connaissait les équipes du monde entier et qui remplissait notre maison de son enthousiasme.
Cette tragédie m’amène également à m’interroger sur l’évolution de notre société et de notre système de santé. Trop souvent, l’être humain semble être devenu secondaire face à la recherche du profit. Les familles ont parfois le sentiment d’être abandonnées dans leur détresse, confrontées à des erreurs, à des négligences et à l’absence de véritables responsabilités.
La médecine devrait être avant tout un engagement au service de la vie humaine. Les malades ne sont pas des numéros. Ce sont des êtres humains…
Source:Shems Maarif-Mauritanie
