À BAFOU, LA JEUNESSE AFFIRME SON DROIT DE FAIRE VIVRE SON PATRIMOINE CULTUREL

Par Amadou Bocar Ba, représentant et coordinateur régional de l’AMDH au Guidimakha, documentaliste, analyste en protection et droits humains.

La journée culturelle des jeunes de Bafou, célébrée le 13 septembre 2026 sous le haut patronage du maire de Sélibaby, M. Ba Oumar Hamady, a constitué un moment important de rassemblement, d’expression et de valorisation du patrimoine culturel.

À travers les différentes activités qui ont marqué cette journée, les femmes, les filles et les jeunes de Bafou ont exprimé publiquement leur attachement à leur patrimoine culturel peul, à leurs pratiques et à leur identité.

Cette mobilisation mérite d’être regardée au-delà de sa dimension festive. Elle constitue également une expression de la volonté d’une communauté de préserver, de pratiquer, de transmettre et de valoriser son patrimoine culturel et, par conséquent, de faire vivre ses droits culturels.

Une journée culturelle, plusieurs expressions d’un même patrimoine

La richesse de la journée réside précisément dans la diversité des activités et des expressions culturelles qui l’ont animée.

Les accoutrements des femmes, des filles et des jeunes ont notamment offert une expression visible de cet attachement. Les vêtements traditionnels ne sont pas de simples éléments vestimentaires. Ils peuvent porter une histoire, une mémoire, des valeurs, une esthétique et une identité transmises entre générations.

À travers leur participation collective, les jeunes ont également montré que la culture n’est pas seulement un héritage du passé. Elle est une réalité vivante qui continue de s’exprimer dans le présent et d’évoluer avec les nouvelles générations.

Cette dynamique est particulièrement importante pour la jeunesse. Dans une société en transformation, connaître son patrimoine permet de construire son avenir sans perdre le lien avec son histoire.

Le berger et ses moutons : une image forte du patrimoine pastoral

Parmi les différentes activités qui ont marqué la journée, la démonstration de la complicité entre le berger et ses moutons a constitué une séquence particulièrement symbolique.

Cette scène simple a permis de mettre en lumière une relation construite au quotidien entre l’homme et son troupeau.

Le berger connaît ses animaux, leurs comportements et leurs habitudes. Il sait les guider, les rassembler et veiller sur eux. Cette connaissance ne résulte pas uniquement d’un apprentissage théorique : elle se construit par l’expérience et se transmet de génération en génération.

La relation entre le berger et ses moutons renvoie ainsi à tout un ensemble de savoirs pastoraux : connaissance des animaux, des pâturages, des points d’eau, des déplacements et des conditions de vie du troupeau.

Cette séquence rappelle donc que le patrimoine culturel ne se limite pas aux vêtements, aux chants ou aux cérémonies. Il comprend également des savoir-faire, des pratiques pastorales et des connaissances de l’environnement.

La démonstration du berger et de ses moutons était ainsi une expression parmi d’autres d’un patrimoine culturel vivant.

Le patrimoine culturel comme mémoire vivante

Un patrimoine culturel ne vit pas uniquement dans les livres, les archives ou les souvenirs des anciens.

Il vit dans les gestes quotidiens, les pratiques sociales, les vêtements, les langues, les savoir-faire, les récits et les relations que les communautés entretiennent avec leur environnement.

Le patrimoine pastoral illustré à Bafou en est une parfaite illustration.

Derrière le geste du berger se trouve une mémoire accumulée au fil des générations. Derrière un vêtement traditionnel se trouve une histoire. Derrière une pratique culturelle se trouvent des valeurs et des connaissances.

Préserver ces éléments, c’est donc préserver une partie de la mémoire collective.

La jeunesse, actrice de la transmission

La mobilisation des jeunes de Bafou est particulièrement importante parce que la transmission culturelle ne peut pas reposer uniquement sur les générations anciennes.

Les jeunes doivent être considérés comme des acteurs du patrimoine.

Ils peuvent recueillir la mémoire des anciens, documenter les pratiques culturelles, valoriser les savoir-faire pastoraux, utiliser les outils numériques pour faire connaître leur patrimoine et créer de nouveaux espaces de transmission.

Les femmes et les filles jouent également un rôle essentiel dans cette dynamique. Leur participation à la journée culturelle montre que la transmission du patrimoine est une responsabilité collective qui concerne toutes les composantes de la communauté.

Le droit culturel : un droit à préserver et à exercer

La mobilisation observée à Bafou peut également être analysée sous l’angle des droits culturels.

Les droits culturels comprennent notamment la possibilité pour toute personne de participer à la vie culturelle, de prendre part à la vie de sa communauté et de jouir de sa culture, dans le respect de la dignité humaine et des droits des autres.

L’article 27 de la Déclaration universelle des droits de l’homme reconnaît à toute personne le droit de participer librement à la vie culturelle de la communauté.

Le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels reconnaît également le droit de chacun de participer à la vie culturelle et prévoit l’obligation pour les États de prendre les mesures nécessaires pour assurer l’exercice de ce droit.

Dans cette perspective, la journée de Bafou peut être considérée comme une expression concrète de la participation à la vie culturelle.

Porter ses vêtements traditionnels, valoriser ses savoirs, présenter ses pratiques et transmettre son patrimoine sont autant de manières d’affirmer une identité culturelle dans un cadre respectueux de la diversité et des droits humains.

Préserver son patrimoine sans s’opposer à la modernité

La protection du patrimoine culturel ne signifie pas le rejet de la modernité.

Une culture vivante est une culture capable de s’adapter sans perdre ses repères essentiels.

La jeunesse de Bafou peut ainsi être à la fois moderne et profondément attachée à son patrimoine. Elle peut utiliser les nouvelles technologies, fréquenter l’école, évoluer professionnellement et participer pleinement à la vie contemporaine tout en conservant le lien avec son histoire et ses pratiques culturelles.

L’enjeu n’est donc pas de choisir entre tradition et modernité, mais de permettre aux nouvelles générations de faire vivre leur patrimoine dans le monde contemporain.

Une responsabilité collective

La valorisation du patrimoine culturel ne doit pas être laissée à la seule initiative des communautés.

Les collectivités locales, les associations, les organisations de jeunesse, les acteurs culturels et la société civile peuvent accompagner ces dynamiques en créant des espaces d’expression, en soutenant les manifestations culturelles et en favorisant la documentation et la transmission des savoirs.

Il serait notamment utile de documenter davantage les pratiques pastorales, de recueillir les témoignages des anciens et de favoriser la participation des jeunes à la conservation de cette mémoire.

La culture peut également être un puissant facteur de cohésion sociale, de dialogue intergénérationnel et de dignité.

Bafou : une affirmation culturelle portée par la jeunesse

La journée culturelle de Bafou aura ainsi permis de mettre en lumière un attachement profond au patrimoine culturel et aux pratiques transmises entre générations.

Les vêtements portés par les femmes, les filles et les jeunes, les différentes activités organisées et la démonstration de la relation particulière entre le berger et ses moutons ont constitué autant d’expressions d’une même volonté : faire vivre et transmettre un patrimoine culturel qui appartient à la mémoire collective.

La complicité entre le berger et ses moutons, en particulier, a rappelé que derrière une pratique apparemment simple se trouvent des savoirs, une histoire et une relation au territoire.

Cette journée adresse donc un message important : la jeunesse ne veut pas seulement recevoir un patrimoine ; elle veut aussi le porter, le valoriser et le transmettre.

Préserver le patrimoine culturel, c’est ainsi protéger une mémoire, valoriser des savoirs et reconnaître le droit des générations présentes et futures à participer pleinement à leur vie culturelle.

À Bafou, la culture n’a pas seulement été célébrée : elle a été vécue, exprimée et revendiquée comme un patrimoine vivant et comme un droit culturel à transmettre.
Source:RIMWEB.NET-Mauritanie

RIM Web

Info juste