Culture : une circulaire qui rétrécit l’horizon

le nouveau ministre de la Culture, des Arts, de la Communication et des Relations avec le Parlement, Mohamed Ould Bebana, a choisi de marquer son entrée en fonction par une circulaire imposant l’usage de l’arabe dans les correspondances administratives adressées à son cabinet. Une décision qui, derrière son apparente portée organisationnelle, pose une question de fond : quelle conception de la culture entend-il promouvoir ?

L’arabe est une langue officielle, porteuse d’un patrimoine considérable. Sa place dans l’administration ne saurait être contestée. Mais en faire un instrument d’exclusion dans le fonctionnement quotidien d’un département aussi transversal revient à confondre promotion linguistique et restriction administrative.

Les correspondances internes ne sont pas un manifeste identitaire : elles servent à transmettre des informations, à coordonner les services et à permettre aux agents d’accomplir leurs missions.

En imposant une langue unique, sans considération pour les réalités linguistiques des fonctionnaires, le ministère risque de compliquer les échanges et de marginaliser ceux qui ne la maîtrisent pas suffisamment.

La contradiction est d’autant plus frappante que la Culture devrait, par vocation, favoriser l’ouverture, la diversité et le dialogue entre les langues. Comment prétendre représenter cette ambition en réduisant l’horizon linguistique d’un département appelé à travailler avec des artistes, des médias, des institutions et des partenaires aux profils variés ?

Une politique culturelle ne se mesure pas à la fermeture de ses circuits administratifs, mais à sa capacité à faire vivre les expressions plurielles du pays et à les inscrire dans l’échange avec le monde. Une autre interrogation s’impose : pourquoi cette exigence particulière dans ce seul département, alors que le français reste utilisé dans certaines correspondances au sein d’institutions centrales comme la Présidence et la Primature ?

En l’absence d’une politique linguistique cohérente et généralisée, cette initiative donne surtout l’impression d’un choix isolé, davantage symbolique qu’opérationnel.

Surtout, les urgences du secteur sont ailleurs : structuration des industries culturelles, soutien à la création, valorisation du patrimoine, professionnalisation des médias et amélioration des conditions de travail. Ce sont ces chantiers qui devraient mobiliser l’énergie d’un ministre entrant.

Promouvoir l’arabe est une chose. En faire une priorité administrative exclusive, sans démontrer sa nécessité ni mesurer ses conséquences, relève davantage de l’affichage que d’une réforme. La culture gagne à élargir les horizons ; elle se contredit lorsqu’elle commence par les refermer.

Source: Le Rénovateur Quotidien – Mauritanie

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