Immorim et CCFE : Maro Hadiya Diagana au service du BTP, de l’immobilier et de l’accompagnement des entrepreneurs en Mauritanie

Dans cette interview, Maro Hadiya Diagana, entrepreneure mauritanienne et directrice d’Immorim et du CCFE, analyse le rôle du secteur privé dans le développement économique de la Mauritanie, en mettant l’accent sur les opportunités d’investissement, le BTP, l’immobilier et les grands projets d’infrastructures.

Elle explique que la Mauritanie connaît une dynamique importante portée par le projet gazier, le développement urbain, la construction, la modernisation des infrastructures et l’arrivée d’investisseurs étrangers.

À travers Immorim, elle souligne les défis des entreprises locales du BTP en Mauritanie, notamment l’accès au financement, le manque de main-d’œuvre qualifiée, les normes internationales et les difficultés d’accès aux marchés publics.

Avec le CCFE, Maro Hadiya Diagana revient également sur l’accompagnement des PME mauritaniennes, la formation des porteurs de projets, la rédaction de business plans, le coaching entrepreneurial, la formalisation des entreprises et l’appui avant et après financement. Elle met enfin en avant l’entrepreneuriat féminin en Mauritanie, l’importance de croire en son projet et ses ambitions pour faire d’Immorim et du CCFE des acteurs incontournables dans l’accompagnement des entreprises, du BTP, de l’immobilier et, à terme, de l’industrie en Mauritanie.

Interview avec Maro Hadiya Diagana, entrepreneure mauritanienne et dirigeante d’Immorim et du CCFE

Quel est aujourd’hui votre vision globale du rôle du secteur privé dans le développement économique de la Mauritanie ?

Aujourd’hui, le secteur privé joue un rôle essentiel dans le développement économique du pays. Il crée des emplois stables, appuie l’innovation et accompagne également le gouvernement dans sa stratégie globale de développement. Il joue aussi un rôle de pont avec les investisseurs étrangers qui souhaitent s’installer en Mauritanie, en les accompagnant dans leur mise en place et dans leur implantation. Il est donc crucial que le secteur privé puisse travailler en amont avec le gouvernement pour le développement du pays.

Votre entreprise Immorim évolue dans un secteur stratégique de la Mauritanie, celui du BTP et de l’immobilier. Comment analysez-vous aujourd’hui les besoins du pays en matière d’infrastructures, de construction et de développement urbain ?

Aujourd’hui, il existe en Mauritanie un grand engouement autour de la promotion du pays à l’échelle internationale, mais aussi autour des grands projets en cours de construction. La Mauritanie a un réel besoin en matière d’infrastructures, de projets urbains et de modernisation. Notre société s’inscrit dans cette dynamique nationale et cherche à proposer des projets innovants dans le domaine immobilier ainsi que dans le domaine plus large des infrastructures en Mauritanie.

Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels vous faites face dans vos activités avec Immorim ?

Le grand défi d’Immorim dans le secteur de la construction reste d’abord l’accès au financement. Il y a également la question d’une main-d’œuvre insuffisamment qualifiée. Lorsqu’il faut réaliser certaines prestations, nous sommes parfois obligés de faire appel à des compétences provenant de la sous-région ou de l’international. Nous rencontrons aussi des difficultés d’accès à certains marchés publics.

Qu’est-ce qui explique précisément ces difficultés d’accès aux marchés publics ?

Il s’agit surtout des normes internationales, qui restent très difficiles à satisfaire pour les entreprises nationales. C’est pour cette raison que nous sommes souvent obligés de nous tourner vers des entreprises de la sous-région ou vers des partenaires internationaux afin de pouvoir accéder à ces marchés publics.

Avec les projets liés au gaz, aux infrastructures et au développement économique du pays, la Mauritanie attire de plus en plus l’attention des investisseurs. Selon vous, quelles sont les opportunités concrètes qui vont émerger pour les entreprises locales du BTP et de l’immobilier dans les prochaines années ?

Pour les entreprises locales, l’enjeu est déjà de pouvoir s’aligner sur les normes internationales afin de bénéficier de ces grands projets qui seront mis en place dans les mois et les années à venir. Il y a de grandes opportunités en Mauritanie, à travers le projet gazier, les nouveaux projets d’infrastructures, mais aussi les projets liés aux investisseurs qui vont venir s’installer dans le pays. Je pense donc que les entreprises locales disposeront de nombreuses opportunités.

À travers le CCFE et vos activités d’accompagnement des entreprises, quels sont aujourd’hui les principaux besoins des PME mauritaniennes pour réussir leur croissance ?

Je reviens toujours au défi des compétences. Aujourd’hui, la Mauritanie fait face à un problème de ressources humaines qualifiées. Il y a aussi la question du financement. Beaucoup d’entreprises mauritaniennes ont la capacité de développer des projets innovants, mais elles sont confrontées à un réel problème de financement. Elles ont également besoin d’accompagnement.

Au niveau du CCFE, nous avons accompagné plus de deux mille porteurs de projets. Cet accompagnement couvre à la fois l’avant et l’après-financement. Pour la plupart des projets que nous avons eu à exécuter, nous avons travaillé avec des partenaires comme les ministères de l’Emploi ou des bailleurs de fonds tels que l’Union européenne, afin de mettre en place des dispositifs d’accompagnement pour des porteurs de projets identifiés à Nouakchott comme à l’intérieur du pays.

Depuis une dizaine d’années, nous accompagnons ces partenaires dans la conception et dans l’exécution de ces projets. Nous venons par exemple d’achever un projet mené avec l’AFD et Action contre la Faim, appelé PADEM, consacré à l’accompagnement des porteurs de projets en Mauritanie. Sur une période de deux ans, nous avons accompagné quatre cents entrepreneurs depuis la phase de démarrage jusqu’à l’octroi du financement par une institution étatique.

Quand on parle de ce type de programme, il s’agit d’un accompagnement complet, depuis l’idéation du projet jusqu’au financement. Cela comprend la rédaction des business plans, la préparation au passage devant le jury, l’appui à la formalisation de l’entreprise au niveau du guichet unique, la préparation du dossier financier à présenter aux partenaires financiers, le coaching des porteurs de projets, puis l’obtention de la première tranche de financement. Notre dernier projet de ce type s’est achevé à la fin du mois d’avril.

Vous faites partie des figures féminines de l’entrepreneuriat mauritanien. Quel message souhaitez-vous transmettre aux jeunes entrepreneurs, et particulièrement aux femmes qui souhaitent se lancer dans les affaires en Mauritanie ?

Le conseil que je veux donner aux jeunes et aux femmes qui souhaitent entreprendre en Mauritanie, c’est d’abord de croire en soi. C’est très important. Il faut croire en ses compétences, croire en ses rêves et se donner les moyens nécessaires pour y arriver.

J’ai commencé ma première entreprise, le CCFE, avec cinq cents euros. Aujourd’hui, nous sommes devenus un groupe. Nous arrivons à développer des entreprises et à relever le défi des grands projets en Mauritanie. Si nous n’avons pas cette ambition et cette conviction profonde que notre projet peut réussir, nous ne pouvons pas y arriver. Pour quelqu’un qui a commencé avec cinq cents euros alors qu’elle voulait au départ être médecin, cela montre qu’il faut croire à son projet.

Lorsque vous regardez les cinq prochaines années, quelles sont vos ambitions pour vos différentes sociétés, notamment Immorim et le CCFE ?

Mon ambition est d’être un leader incontournable dans ces secteurs. Je ne dirais pas que je ne le suis pas déjà dans certains domaines. Par exemple, pour le CCFE, nous sommes déjà leaders dans la formation et dans l’accompagnement des porteurs de projets. Mais dans les cinq prochaines années, je veux être cette femme que j’ai toujours voulu être, une leader dans l’accompagnement, dans l’appui aux entreprises, mais aussi dans le domaine du BTP.

Au-delà de ces activités, je pense également à d’autres secteurs, notamment à l’industrie. Je suis la fille d’un industriel, donc j’ai naturellement l’ambition, un jour, de suivre aussi ce chemin.
Source:Marco Polis-France

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