Mali-OMVS : la navigation fluviale au cœur du désenclavement
Réunis à Bamako les 20 et 21 juin, les ministres de l’OMVS examinent l’avancement du projet de navigation sur le fleuve Sénégal, considéré comme un levier stratégique pour renforcer la connectivité du Mali et dynamiser les échanges régionaux.
L’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) tient, les 20 et 21 juin à Bamako, sa 64e Session extraordinaire du Conseil des ministres. Au cœur des discussions figure l’état d’avancement du projet de navigation sur le fleuve Sénégal, un dossier stratégique pour le Mali, pays enclavé en quête de nouvelles voies d’accès aux marchés régionaux et internationaux.
L’annonce a été faite à l’issue du Conseil des ministres malien du 19 juin. Selon le gouvernement, les échanges porteront également sur la gouvernance des sociétés du système OMVS, l’entretien et la maintenance des ouvrages de production et de transport d’électricité, ainsi que l’évolution des projets structurants de l’organisation.
Cette réunion intervient dans un contexte marqué par des difficultés techniques, financières et organisationnelles au sein de certaines sociétés de l’OMVS.
Pour Bamako, l’enjeu dépasse le seul cadre institutionnel. La navigation fluviale est envisagée comme une alternative aux corridors routiers et ferroviaires, souvent coûteux et soumis à diverses contraintes. Le projet prévoit l’aménagement d’un axe navigable de quelque 905 kilomètres entre Saint-Louis, au Sénégal, et Ambidédi, dans l’ouest du Mali.
Cette voie d’eau pourrait à terme assurer le transport de près de 10 millions de tonnes de marchandises par an. Elle s’inscrit dans un système multimodal associant transport fluvial, routier et ferroviaire, ainsi que les infrastructures portuaires et hydrauliques. Pour le Mali, sa concrétisation pourrait contribuer à réduire les coûts logistiques, sécuriser l’approvisionnement du pays et stimuler l’activité économique des zones riveraines.
Le volet navigation est piloté par la Société de gestion et d’exploitation de la navigation sur le fleuve Sénégal (SOGENAV), créée en juin 2011. Sa mission est de restaurer et de promouvoir une navigation durable entre Saint-Louis et Ambidédi. Son périmètre couvre notamment le chenal navigable, les ports de Saint-Louis et d’Ambidédi, ainsi que plusieurs escales fluviales.
Le projet a enregistré des avancées ces derniers mois. En juillet 2025, la SOGENAV a lancé des travaux de dragage et d’aménagement du chenal, incluant le déroctage de seuils rocheux, le dragage de près d’un million de mètres cubes de matériaux meubles et l’installation d’équipements de balisage destinés à sécuriser la navigation. En mars 2026, une étude de cadrage stratégique a également été engagée afin de définir une feuille de route à l’horizon 2035.
L’OMVS s’appuie sur plusieurs sociétés spécialisées : la SOGED, chargée du barrage de Diama, la SOGEM, qui gère les infrastructures énergétiques de Manantali, Félou et Gouina, et la SOGEOH, dédiée aux ouvrages du Haut-Bassin en Guinée. Cette architecture reflète l’ambition de l’organisation, active dans les domaines de l’eau, de l’énergie, de l’agriculture, de l’environnement et des transports.
Jusqu’à présent, l’OMVS était surtout reconnue pour ses réalisations hydroélectriques. Les centrales de Manantali, Félou et Gouina totalisent une puissance installée de 400 mégawatts. Avec le barrage de Diama, elles constituent l’un des principaux acquis de la coopération entre le Mali, le Sénégal, la Mauritanie et la Guinée.
La session de Bamako remet toutefois en lumière une autre vocation du fleuve Sénégal : celle d’un corridor régional de circulation et d’échanges. Pour les opérateurs économiques et les populations riveraines, une navigation régulière pourrait favoriser la baisse des coûts de transport, raccourcir les délais d’acheminement et renforcer l’intégration des marchés.
Le défi demeure cependant considérable. La réussite du projet suppose un entretien continu du chenal, des infrastructures portuaires performantes, un balisage fiable, des financements durables et une coordination étroite entre les États membres. Les ministres réunis à Bamako sont ainsi attendus sur leur capacité à faire de ce projet historique un véritable outil de désenclavement pour le Mali et l’ensemble du bassin du fleuve Sénégal.
Source:Apanews
