Plaidyer : Pour une approche nationale renforcée de la lutte contre les séquelles de l’esclavage

A Son Excellence Monsieur Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, Président de la République

Notre Organisation, Anciens Esclaves Nouveaux Citoyens (AENC) suit avec un intérêt soutenu les efforts constants que Votre Excellence déploie en faveur du renforcement de la cohésion nationale, de la consolidation de l’État de droit et du développement inclusif, au bénéfice de tous les citoyens, notamment des populations historiquement marginalisées.

Consciente des avancées déjà accomplies, mais également des défis persistants, notre organisation souhaite, dans un esprit républicain, constructif et guidé par le seul intérêt général, attirer respectueusement votre haute attention sur certains enjeux essentiels à l’efficacité de la lutte contre les séquelles de l’esclavage, à la consolidation de la justice sociale et à la promotion d’une réconciliation nationale durable.

La lutte contre les séquelles de l’esclavage ne saurait produire des résultats durables sans une réflexion approfondie sur les facteurs historiques, sociaux, politiques et culturels qui continuent d’en façonner les effets. Elle appelle une compréhension globale et lucide de cette réalité, afin de poser les bases d’une justice véritable, fondée sur l’égalité, la dignité et le respect des droits de tous.

Monsieur le Président,

Cette ambition requiert un engagement constant des institutions publiques, de la société civile, des leaders communautaires ainsi que de l’ensemble des citoyens. Elle suppose également une application rigoureuse des lois, un dialogue ouvert et un courage collectif permettant d’aborder les questions les plus sensibles avec responsabilité et esprit de rassemblement.

C’est à ce prix qu’il sera possible de dépasser les héritages du passé, de renforcer la confiance entre les citoyens et de bâtir une société plus juste, inclusive et unie. Dans cette perspective, il importe de reconnaître la complexité de l’histoire de l’esclavage.

Dans de nombreux contextes africains, celle-ci est légitimement associée aux différentes formes de traite ainsi qu’au système colonial, qui ont profondément marqué les sociétés. Toutefois, chaque nation possède une trajectoire spécifique, qui mérite d’être analysée avec objectivité, sérénité et sens des responsabilités.

En Mauritanie, une telle réflexion gagnerait à embrasser de manière globale l’ensemble des facteurs historiques, sociaux, institutionnels et culturels qui, au fil du temps, ont contribué au maintien de certaines inégalités et formes d’exclusion.

Elle ne saurait avoir pour objectif de déplacer les responsabilités ni d’opposer les mémoires, mais plutôt de promouvoir une lecture apaisée et partagée de notre histoire commune. Une telle approche constitue un préalable indispensable à l’émergence d’un climat de confiance, propice à l’élaboration de solutions justes, inclusives et durables, au service de la cohésion nationale.

Monsieur le président.

Au cours de ces dernières années, la lutte contre les séquelles de l’esclavage s’est parfois inscrite dans un climat marqué par des tensions politiques ou identitaires. Ces dynamiques ont, dans certains cas, nourri incompréhensions et frustrations, alors même que cette cause devrait constituer un puissant levier de rassemblement et de cohésion nationale.

C’est dans ce cadre que L’ONG Anciens Esclaves Nouveaux Citoyens (AENC) vient rappelée que la lutte contre les séquelles de l’esclavage doit demeurer une cause nationale, guidée par les principes d’impartialité, de justice, d’égalité et de respect de la dignité humaine. Elle ne saurait exclure aucune victime ni être perçue comme l’expression d’intérêts particuliers, mais plutôt comme un engagement collectif au service de la République et de l’État de droit.

Notre démarche s’inscrit pleinement dans le respect de la Constitution de la République islamique de Mauritanie, qui consacre l’égalité de tous les citoyens devant la loi et prohibe toute forme de discrimination. Elle s’appuie également sur la loi n° 2015-031 portant incrimination de l’esclavage et réprimant les pratiques esclavagistes, qui constitue une avancée majeure du cadre juridique national.

Elle s’inscrit, en outre, dans la continuité des engagements internationaux librement souscrits par la Mauritanie, notamment dans le cadre de l’Examen périodique universel devant le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, témoignant de la volonté constante de notre pays de renforcer la lutte contre les discriminations et de promouvoir l’égalité.

C’est précisément parce que nous saluons les progrès accomplis et les efforts des plus hautes autorités de l’État que nous estimons qu’une nouvelle étape peut être franchie. Avec une approche plus inclusive, participative, fondée sur les droits.

Monsieur le président,

C’est dans cette optique, que nous proposons la mise en place, sous l’Autorité de Votre haute bienveillance, d’une Commission nationale pour la justice, la mémoire, la réconciliation et l’inclusion.

Cette instance pourrait réunir l’ensemble des acteurs concernés et aurait pour mission de formuler des recommandations relatives aux politiques publiques, à la prévention des discriminations, à la préservation de la mémoire, aux mécanismes de réparation, à l’inclusion socio-économique et au renforcement de la cohésion nationale.

Monsieur le Président,

Nous sommes convaincus que la lutte contre les séquelles de l’esclavage doit être un facteur de rassemblement et non de division. En consolidant les acquis, en renforçant l’application des lois et en favorisant une approche fondée sur le dialogue, la justice et l’égalité, la Mauritanie pourra poursuivre avec confiance la construction d’une société réconciliée avec son histoire, unie dans sa diversité et résolument tournée vers l’avenir.

Sidiya Ould Ahemdi
Président de l’ONG AENC
Source:Sidiya Ould Ahmedi

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