Autour d’un thé

Un adage populaire de Mauritanie dit que si les oreilles sont si petites, c’est que, chaque jour, elles entendent un fait ou un événement inédit. Voilà une dizaine de jours que Mohamed Ould Abdel Aziz, de retour de villégiature, a été pris pour cible, selon la version officielle, par treize balles de kalachnikov d’un jeune lieutenant qui instruisait une unité de la GARIM, sur l’axe menant vers Toueïla, sur la route d’Akjoujt.

Pendant 48 heures, toute la Mauritanie, toutes tendances confondues, s’est retrouvée soudée autour de cette épreuve qui a failli mettre hors-jeu pour de bon le Président. C’est la preuve, selon Beddi Ould Ebnou, que les Mauritaniens ont la capacité de dépasser toutes leurs divergences et de s’unir.

Jusqu’à aujourd’hui, les thèses sur les circonstances de cette « erreur » se multiplient, des plus folles au plus fantaisistes. Mais, comme pour justifier le coup d’Etat contre Sidi Ould Cheikh Abdallahi, des applaudisseurs se sont permis de citer des futilités qui se seraient passées, prétendent-ils, pour la première fois. En voilà une très grosse qu’ils peuvent ajouter à leur long chapelet de « pour la première fois ».

En effet, cette histoire de tir contre la personne du Président est une première dans l’histoire contemporaine du pays. Comme les nombreux et récurrents rassemblements populaires de contestation devant les édifices publics, les théoriciens du pouvoir, particulièrement les barons indéboulonnables de l’UPR, peuvent bien l’interpréter comme un signe éloquent de démocratie, en énonçant que, dans un pays où l’on tire sur le Président, la démocratie va très bien. Comme les coups d’Etat, les tentatives d’assassinat deviennent, chez nous, des indices de bonne santé démocratique et de liberté.

Tous les prédécesseurs de Mohamed Ould Abdel Aziz passaient-ils des week-ends à batifoler en brousse ? Le cas échéant, c’était, quand même, sans tambours ni trompettes. Discrétion totale sur les lieux et les modalités de l’excursion. Or, aujourd’hui, les réguliers séjours du Président, ses accompagnateurs, ses occupations, les menus et autres détails ne sont que secrets de Polichinelle. Mais que le Président conduise, lui-même, une voiture banalisée, « brûle » un poste de l’armée et se fasse traquer comme un vulgaire trafiquant, c’est autrement grave. Le fait semble fortuit mais la signification est beaucoup plus profonde.

La banalisation de la fonction de Président n’a, dans ce cas précis, d’égal que l’irrespect à l’égard d’un peuple dont on prétend avoir reçu mandat pour gérer ses affaires. Mais cette épreuve a, quand même, eu deux mérites, au moins : en un, démontrer que la démocratie et l’Etat de Droit qu’on évoque à tous vents ne sont que de façade et que, derrière, l’institution militaire veille au grain et contrôle les moindres gestes. Sur ordre du général Ghazwani, aucun officiel civil, pas plus le Premier ministre que les présidents des chambres parlementaires, encore moins les membres du gouvernement, n’ont pu accéder au Président.

Et, selon des sources concordantes, les ordres intimés à tous les départements ministériels proviennent d’un certain état-major où plusieurs généraux auraient définitivement élu domicile et ressuscité le défunt Haut Conseil Militaire, pour parer à toute éventualité. En deux, se rendre compte de l’insuffisance des dispositions constitutionnelles concernant la vacance provisoire du pouvoir. Qui dirige, aujourd’hui, la Mauritanie ? C’est la confusion totale. La preuve, rien ne semble plus fonctionner normalement, depuis l’indisposition du Président.

Comme les citoyens lambda, les ministres et les hauts fonctionnaires ont les yeux rivés sur Paris où quelques hautes personnalités se sont rendues et d’autres voulaient se rendre. Les applaudisseurs et autre parentèle proche ont accouru. Le président Messaoud qu’une malencontreuse incompréhension avec les services consulaires de l’ambassade de France a empêché d’aller saluer son ami malade. Et le peuple, qui attend, avec incertitude, de quoi demain sera-t-il fait ?

 

Source : LECALAME

Publicité

Mauritel

Speak Your Mind