Accès à l’état-civil aux victimes de l’esclavage : les avis de Samory Beye, Brahim Ramdhane et Sneiba Kory

En Mauritanie, les difficultés d’enrôlement à l’état civil se posent avec acuité pour de nombreux mauritaniens.

Ce lundi 16 août, l’organisation de défense des droits de l’Homme, SOS Esclaves, a organisé une journée de sensibilisation sur la nécessité de l’accès à l’état-civil aux victimes de l’esclavage, dans le cadre d’un programme financé par l’ambassade des Etats Unis d’Amérique en Mauritanie. SOS Escalves compte, d’ailleurs, lancer en ligne une pétition visant à assouplir les conditions d’enregistrement à l’état civil pour les victimes de l’esclavage.

Lors de cette journée, nous avons recueilli les avis de Samory ould Beye, Brahim ould Ramdhane et Sneiba ould Kory sur cette lancinante problématique de l’inscription dans les fichiers d’état civil.

Samory ould BEYE, secrétaire général de la Confédération Libre des Travailleurs de Mauritanie (CLTM) : «Ce problème d’accès à l’état-civil des esclaves ou anciens esclaves doit trouver des solutions. Ça peut se faire à travers des propositions, un diagnostic de cette situation pour savoir où se trouve les entraves, les problèmes réels et apporter des solutions, suggérer des solutions à l’Etat, chercher à impliquer ou à amener d’autres forces ou puissances économiques comme la Banque mondiale ou l’Union européenne à s’investir dans un programme national qui vise réellement à permettre à ces catégories de populations d’accéder ou au moins de faciliter leur accès à cet état-civil. Quand on exige d’un père ou d’une mère ou à quelqu’un d’autre qui n’a jamais connu sa mère ou son père, ça veut dire qu’on le prive des opportunités d’accéder à l’état-civil. Il faudrait que nous puissions tenir compte de certaines réalités sinon nous risquons d’avoir 30% ou 40% d’une population apatride. Avoir une population de ce pourcentage apatride c’est grave. Une population qui ne s’identifie pas, qui n’a pas la nationalité. Toutes les générations futures n’auront jamais cette possibilité de se doter de papiers d’état-civil et elles deviendront apatrides. C’est très grave pour un citoyen d’un pays qui n’a pas ses droits et quand on n’a pas accès à l’état-civil, on a aucun autre droit, droit au travail, droit au crédit agricole ou bancaire.».

Brahim Ramdhane, président de la Fondation Sahel pour la Défense des Droits de l’Homme, l’Appui à l’Education et à la Paix sociale : «Il y’a un grand problème pour l’accès à l’état-civil pour tous les mauritaniens mais particulièrement pour la communauté harratine et aussi nos frères négro-africains, halpoulars, soninkés et wolofs. C’est pourquoi on a tendance à dire qu’il y’a quelque chose de prémédité qui se cache derrière cette affaire. Il y’a des obstacles techniques, on peut les comprendre mais il y’a des obstacles plus ou moins politiques. La société civile doit agir vite parce qu’il y’a beaucoup de mauritaniens qui ne peuvent pas envoyer leurs enfants à l’école, des milliers d’enfants qui sont nés hors mariage ne peuvent pas avoir leur état-civil parce que ça pose un obstacle. Il y’a les enfants victimes de l’esclavage et les victimes de l’esclavage qui quittent leur terroir et qui viennent ici en fuite ou qui quittent l’esclavage. Ça leur pose un problème parce qu’on leur demande de revenir pour être recensés. Il y’a les prisonniers, les anciens prisonniers qui viennent nous voir chaque jour pour dire voilà : celui-là était emprisonné pour 15-10 ans, 20 ans et il sort couper de toutes ses racines et il se trouve qu’il a des enfants qui doivent eux aussi avoir leur état-civil mais ça leur pose un grand problème. On doit lever le voile sur le côté politique. Ceux qui ont posé ce problème d’état-civil, ils l’ont réglé à 50%, ça, il faut le reconnaitre, mais, il y’a des problèmes qui se posent, des obstacles qui se posent, maintenant qu’on les connait, il faut trouver les solutions qui englobent tous les mauritaniens, qui facilitent l’accès, qui enlèvent certains obstacles et certains papiers inutiles. Les commissions qu’on crée pour valider la nature ou l’appartenance de la personne sont très mal conçues. Sur le plan tribal, régional, il y’a des règlements de compte. Quand un maitre esclavagiste est membre d’une commission, il ne va pas accepter de valider ses esclaves qui sont en fuite. Donc, ça pose un grand problème. Ces commissions n’ont pas de raisons d’être, d’autant plus qu’il y’a des maires, des communes, des responsables qui doivent jouer leur rôle et non ces commissions-là qui sont très mal faites».

Sneiba Elkory, chargé de la Communication de SOS Esclaves : «L’accès à l’état-civil des anciens esclaves, c’est l’un des problèmes les plus importants en termes de séquelles de l’esclavage parce que des milliers de personnes en souffrent. C’est une question très urgente. Les conditionnalités d’accès à l’état-civil sont très drastiques et rigides et pratiquement irréalisables pour ces esclaves-là. C’est un problème sérieux qui peut menacer la cohésion sociale, il y’a un déséquilibre patent qui fait vraiment peur, qui fait froid dans le dos quand on constate que des centaines de milliers de gens sont dans l’incapacité de se faire enregistrer. Quelqu’un qui n’est pas enrôlé, il n’existe pas civilement, il ne peut pas accéder à aucun droit y compris celui de l’éducation, de profiter de toutes les opportunités offertes».

Dans les prochains jours, SOS Esclaves compte toucher les autorités mauritaniennes notamment le président de la République, le Premier ministre, le ministre de l’Intérieur afin qu’ils prennent connaissance de la situation. Une démarche qui vise à assouplir les conditions d’enrôlement des victimes de l’esclavage.

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Keita

leader des jeunes

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